05/11/2010

Pique-nique aux Rois

Jeudi midi, il faisait un temps à ne pas manger dedans. Un temps à croquer dehors. «Tu vas manger où?» me lance une collègue. «Aux Rois!» «Quoi? Au cimetière?» Stupéfaction, voire indignation sur le visage d'en face. Et pourtant. Existe-t-il un lieu plus serein alentour pour faire la pause?

Dans cette oasis de verdure, les voisins sont peu dérangeants, les bancs accueillants. Encore faut-il en trouver un de libre, ce qui n'est pas gagné d'avance. Certains usagers des lieux tournent en attendant qu'un siège se libère. Les plus hardis déballent leurs provisions sur le gazon. Il y en a même qui osent un roupillon, à deux pas de ceux qui dorment là pour toujours.

Pique-niquer aux Rois, c'est une façon sans chichi de garder le contact avec les morts. Une proximité presque complice. Tiens, une nouvelle rose a fleuri pour Willy Donzé. Là, un bouquet fraîchement déposé sur une tombe titille la curiosité. L'élégante perchée sur ses talons aiguilles, le jeune homme au catogan, la dame au gros sandwich, tous font un crochet pour voir qui a été ainsi fleuri. Et approuvent en silence.

Une bougie est allumée sur la stèle de l'écrivain Borges. Des coquillages et des miniboules de Noël posés pour Grisélidis Real. Plus loin, près des tapis de feuilles mortes, Calvin. Sobre jusqu'au bout. Comme l'érable rouge et le rocher à fleur de terre pour Stratz.

La promenade digestive aux Rois n'a donc rien de sinistre. On salue les disparus. Les vivants aussi. Et on prend la mesure du temps qui passe. Il passe pour tous, à ce qu'il paraît.

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Commentaires

N’étant pas attirée par les champs du repos je préfère passer ma pause de midi au 17 de la rue des Rois et déguster les mets du restaurant "L’Echalotte".

Écrit par : Sandra | 07/11/2010

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