07/10/2015

La corne de brume

brume.JPGMardi matin, bien avant la pluie.

Un son grave et prolongé troue la grisaille ouatée qui recouvre la rade. Teu-eu-eut…

Une mouette passe.

La petite embarcation jaune navigue dans la purée de pois, toutes lumières dehors, et signale sa présence par une sirène à voix de baryton. Une corne de brume. Teu-eu-eut…

La touche de couleur un peu pâlotte glisse lentement entre deux eaux et finit par se fondre dans le gris ambiant. Ne reste plus qu’une vaste étendue trouble faite de nuages bas et de flotte.

C’est dans cette mer de brouillard que s’avance la jetée des Bains des Pâquis.

Depuis ce point de vue, on ne voit plus rien. Le décor habituel s’est noyé. C’est à peine si émerge, au gré de pans mouvants de brume, le petit phare de la rive d’en face.

J’en perds mes repères. Où suis-je donc? Au bord de l’océan, en Bretagne? Non, les vagues sont trop calmes. L’air sent l’eau plate, sans pointe de sel.

Et puis cette rumeur sourde retenue par le brouillard trahit la présence d’une ville qui s’enroule tout autour. Des klaxons étouffés viennent de ce qui pourrait bien être le pont du Mont-Blanc. A moins que ce ne soit le quai Wilson?

Teu-eu-eut… Une mouette repasse.

C’est une sensation délicieuse de se trouver là, en ce mardi matin, au milieu de rien et pourtant au centre de tout. Au cœur de la rade, sur un petit nuage.

Oui, la première brume de l’automne est enivrante. Comme la première gorgée de bière. C’est après que ça se gâte…

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