19/02/2016

Les pentes opposées

Il m’a filé le témoin en disant «Tiens, vise un peu ça, c’est passionnant!»

L’objet en question est un livre trouvé aux puces de Plainpalais. Un bouquin patiné par les ans et dont la couverture part un peu en miettes. On dira qu’il a bien vécu puisqu’il est sorti d’une imprimerie genevoise en 1777!

Par quelle succession de hasards et de manipulations diverses ce tome I du dictionnaire géographique, historique et politique de la Suisse est-il arrivé, un beau jour, dans les mains d’un pucier, puis dans les miennes?

Mystère et boule de gomme.

Un collègue féru d’histoire et de généalogie a donc mené l’enquête. Ce fin limier a découvert le nom du premier propriétaire de l’ouvrage, grâce à l’ex-libris collé à l’intérieur la couverture et où figure un blason. Celui de la famille du duc de Bauffremont, dont la devise est «Dieu aide au premier chrétien» et le cri «Plus de deuil que de joie». De vrais rigolos, en ce temps-là…

Concernant notre petite république, j’ai beaucoup aimé la conclusion à laquelle les auteurs sont parvenus. Je cite, avec l’orthographe d’aujourd’hui: «D’ailleurs Genève a des alliances; elle peut donc se flatter de perpétuer son état florissant aussi longtemps que sa liberté et sa paix intérieure seront garanties par une constitution fixe, et qu’une administration modérée, mais respectée, la préservera des effets de deux pentes opposées; de celle qui entraîne les riches vers l’ambition de dominer, et de celle qui invite le peuple à l’indocilité et à la licence.»

Trouver un point d’équilibre entre ces deux pentes opposées, telle était la préoccupation genevoise, en 1777…

Le pucier avait raison: ce témoin est passionnant!

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Commentaires

Conclusion : en 239 ans, Genève n'a pas changé. Ou pas évolué, selon l'opinion que l'on a des Genevois...

Écrit par : Géo | 19/02/2016

Consulter les vieux dictionnaires ou manuels scolaires ou atlas vaut toujours la peine pour mesurer le chemin parcouru (ou pas, cf. exemple précédent...) et d'où on vient. Exemple tiré d'un Larousse de la dernière moitié du 19ème :

"ranz des vaches" :
"Air bucolique, sans art, grossier même, que les bouviers suisses jouent sur la cornemuse, en menant leurs troupeaux paître sur les montagnes. Les effets sympathiques que cet air exerçait sur les montagnards helvétiens l'ont rendu fameux. A l'époque où des régiments suisses étaient à la solde de la France, aucun de ces fiers soldats ne pouvait entendre ces sons rustiques et si connus, sans que le souvenir de ses chalets, de ses montagnes, de sa patrie, de sa famille, ne se retraçât vivement à sa pensée. Une profonde mélancolie s'emparait d'eux, bien peu y pouvaient résister. Les uns désertaient, d'autres tombaient dans une langueur profonde, et beaucoup mouraient. Dès lors, le code militaire défendit de jouer cet air, sous peine de mort."

Écrit par : Géo | 19/02/2016

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