07/06/2016

La dormeuse du square

C’est un trou de verdure où chante un coq égaré, coincé entre voies ferrées et bâtiments provisoires, où le soleil, parfois, luit: c’est un petit square qui attire à lui les êtres sans espoir.

Une femme jeune, bouche ouverte, tête nue, et la nuque baignant dans le triste gazon dort; elle est étendue dans son lit défait où gisent pêle-mêle bouteilles et détritus.

Bref. Je ne vais pas continuer à vous imposer cette affligeante adaptation du dormeur du val. N’est pas Rimbaud qui veut. Mais ce poème m’est venu à l’esprit en découvrant, lundi matin, la nouvelle dormeuse du square Galiffe.

La statue de la demoiselle qui rêve normalement debout en ces lieux est tombée de son piédestal je ne sais trop quand. Et ça fait une drôle d’impression de la surprendre à l’horizontale.

Que fait Corinne ainsi étendue? Quels bras l’ont forcée à se coucher là? Mystère. Mais ceux qui l’ont fait valser jusqu’à la faire tomber d’inanition ont dû se montrer plutôt insistants. Car tout de même. Aussi frêle et filiforme qu’elle puisse paraître, cette fille pèse son poids de bronze!

La sculpture que Heinz Schwartz a créée à la fin des années septante a donc été bêtement vandalisée, ses pattes de fixation ayant rendu l’âme.

Corinne n’est toutefois pas restée assoupie trop longtemps. Des employés de la Ville sont déjà venus la récupérer hier dans la matinée pour lui prodiguer les premiers soins à l’atelier.

Il faudra ensuite la bichonner et réparer son socle. Tout ça prendra un certain temps. Mais elle sera à nouveau remise sur pied pour veiller avec grâce sur le square Galiffe. Il en a bien besoin!

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