15/02/2017

Une pièce en poche

C’est une fin de journée glauque et maussade. Tout a été de travers au boulot, avec ses collègues qui pètent les plombs, son ordinateur qui patine, les dossiers qui s’empilent et un vieux mal de tête. Et pour couronner le tout, il fait moche quand elle sort enfin du turbin.

La fonctionnaire marche d’un pas rapide en ville. Elle doit encore faire une visite avant de rentrer à la maison.

La femme plonge les mains dans les poches de son manteau. Parce qu’en plus de tout ça, il fait froid…

Ses doigts rencontrent dans le carré de tissu une pièce de monnaie. Une thune, à en juger par la taille et les étoiles qui font de petites bosses régulières sur sa tranche. Sa main commence à jouer en cachette avec ces cent sous. Et ça la distrait.

Près de l’hôpital, elle croise un jeune marginal qui semble à la rue. Il la regarde gentiment et lui dit qu’il a faim.

En temps normal, cette mère de famille lui aurait fait la morale, pensant qu’il irait boire ou fumer la pièce tout juste reçue, et l’aurait accompagné au club social le plus proche.

Elle aurait très bien pu lui adresser aussi un grand sourire et passer son chemin, en le laissant avec sa misère. Ou faire semblant de ne pas le voir.

Mais là, après cette journée maudite, elle sort la pièce qu’elle tenait au chaud dans le creux de sa main et la lui donne.

Le garçon regarde alors la femme, puis la thune, à nouveau la femme. Puis se met à pleurer à chaudes larmes!

Sans dire un mot, il traverse la rue pour s’engouffrer dans la boulangerie d’en face, laissant la passante scotchée au trottoir. Et heureuse. Elle aurait volontiers embrassé ce jeune qui a illuminé sa journée si mal barrée!

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Commentaires

Qui sait, le grand Guillaume d`habitude si morose sur sa thune, pour l`occasion il se sera peut-etre fendu d`un petit sourire printanier... Dans mon pays on n`a pas de thune mais on dit que "ca fait du bien de faire le bien". Julie, vous etes un ange.

Écrit par : jean jarogh | 15/02/2017

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