01/06/2017

Le geste lent et auguste

Mercredi matin. A cette heure fraîche du jour, la cité est au top de l’agitation: les engins motorisés rugissent au feu vert, avant d’aller bouchonner au feu suivant; les deux-roues se faufilent à toute allure entre les obstacles; les piétons pressent le pas, le nez sur leur écran, les oreilles vissées aux écouteurs. Tout va très vite. Le turbin n’attend pas.

Pourtant, au beau milieu de cette fourmilière urbaine se découvre, un bref instant, une parenthèse bucolique. A la promenade de Saint-Jean, perché sur une légère butte, un homme est à l’œuvre. A l’ancienne.

D’un geste lent et auguste, il fauche les herbes qui poussent librement sur les petits monticules qui marquent la séparation entre les voies de circulation et l’espace vert.

Dans cette activité d’un autre âge, pas de bruit pétaradant de tondeuse, pas d’odeur désagréable, pas de course effrénée. Juste le mouvement ample que l’homme imprime à sa faux pour qu’elle coupe net les hautes tiges qui tombent et se couchent au sol, laissant bientôt place à une odeur de campagne, de foin, de souvenirs d’enfance.

Précis dans sa taille, le faucheur évite les touffes de fleurs qui feront, dans quelques jours, le bonheur des passants. Du moins ceux qui regardent encore leur environnement.

Après un moment de labeur, le travailleur se redresse enfin, tenant à bout de bras le long manche de sa faux dans une position qui en rappelle soudain une autre, bien plus ancienne et glaçante. La représentation classique de la Grande Faucheuse. Celle qui ne vient pas rendre visite à domicile pour donner seulement le bonjour…

Mais foin de ces funestes pensées. L’homme à la faux reprend son boulot champêtre au cœur de la ville, sans se soucier de l’agitation ambiante. Un contraste et un temps de respiration qui se dégustent, toutes affaires cessantes.

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