19/10/2017

Le joli pont des Bergues

Il y a un truc qui me chiffonne avec les vélos. Pas avec les engins en tant que tels, et encore moins avec ceux qui les activent. Ça tient plutôt aux circuits qui leur sont proposés pour se faufiler dans la circulation genevoise.

On teste ces jours un aménagement cyclable sur le pont du Mont-Blanc. Le but étant d’essayer de faire se côtoyer au quotidien, et en bonne intelligence, 5000 vélos et 70 000 véhicules à moteur. Un vrai défi!

Or j’avais cru comprendre, au début des années 80, que le pont des Bergues avait été fermé au trafic automobile pour être justement réservé aux seuls vélos et piétons. Que ces deux catégories d’usagers de la route, les plus fragiles, allaient y trouver un havre de sécurité. Un moyen tranquille de passer d’une rive à l’autre, sans risquer gros.

Pour quel résultat? Eh bien c’est plutôt raté, côté vélos! Si les piétons ont vite adopté ce joli pont, au point d’en occuper toute la chaussée, il n’est pas vraiment pris d’assaut par les petites reines. Sauf lorsqu’elles s’y donnent rendez-vous pour des défilés.

Alors quoi, les pédaleurs seraient-ils des enfants gâtés? Que veulent-ils de plus? Un accès moins dangereux et stressant à ce pont! Mais là, c’est mission impossible, tant il y a de nœuds de circulation autour…

Et puis les cyclistes pendulaires d’aujourd’hui préfèrent les itinéraires courts, rapides, sécurisés. Un deux-roues qui se rend de Cornavin aux Eaux-Vives doit faire un gros détour s’il emprunte le pont qui lui est réservé. Il lui préfère donc celui du Mont-Blanc où il va partager ces jours, à l’essai, le trottoir aval avec les piétons. Qui vont apprécier…

Mais ceux qui vont pedibus sur le pont menant à l’île Rousseau ne se soucient pas des vélos qui s’aventurent encore sur la chaussée. Les promeneurs y sont rois. Et ils ne sont pas solitaires, comme le philosophe. Un vrai casse-tête…

Quand je vous dis que ce truc avec les vélos me chiffonne, voyez le résultat!

07:00 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook |  Imprimer | | |

17/10/2017

Des nains un brin fâchés

La saga des Géantes n’en finit pas de remuer notre collectivité.

Serait-ce que leur ombre, poétique et démesurée, plane toujours sur Genève? Ou que la grand-mère et sa petite-fille laissent, dans leur sillage, des notes insoupçonnées? Allez savoir!

Toujours est-il que j’ai reçu une missive à leur propos qui m’a mise en joie. Un lecteur assidu de la presse locale s’étonne, avec malice, que les gens s’étonnent du coût du déploiement sécuritaire occasionné par la venue des deux grandes marionnettes.

Il est vrai qu’il y avait plus de forces de l’ordre que de Géantes et même de Lilliputiens dans le cortège et alentours, et qu’il faut bien les dédommager.

Mais ce qui le laisse baba, c’est que personne ne pose la question qui tue: «Qui a décidé de l’arsenal des mesures grâce auxquelles 800 000 personnes ont eu la vie sauve?»

Je lui cède la parole, qu’il a ironique: «Belle démonstration de force, diront certains. Edifiante illustration de notre trouille au contraire… Mais il faut positiver. La protection civile aura eu une opportunité inespérée de sortir des catacombes et d’aérer ses fripes. Les blocs de béton auront prévenu toute attaque à l’arme blanche. L’hélico aura démontré son aptitude à mieux voler qu’un fer à repasser.

Deux réserves cependant.

Comment justifier que l’on n’ait pas appelé la population à rentrer les géraniums?

Pas de sous-marin dans la rade, tous missiles pointés: voilà qui est irresponsable. Attend-on une nouvelle tragédie pour appliquer le principe de précaution?»

Enfin, et c’est bien là le sens plus profond du message: «En tant que président de l’Association des Nains Genevois (ANG), je fais part de mon indignation face à la stigmatisante exaltation du gigantisme!»

Des nains de jardin, je suppose?

07:00 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | |

14/10/2017

Par ici la bonne soupe!

Il est souvent question de malbouffe dans les conversations ou dans la presse. Rarement de bouffe tout court. Ou de manque de bouffe.

Car la réalité est parfois dure à avaler. Et surtout à digérer: dans nos contrées si prospères, où la majorité mange trop de tout et tout le temps, des familles peinent encore à acheter de quoi se nourrir correctement.

Oh, elles se font aider, bien sûr. Personne ne meurt de faim dans notre belle République. Des êtres de bonne volonté et des associations veillent. Et agissent.

La fondation Partage récupère ainsi depuis des années les invendus des grands magasins et les distribue à une cinquantaine de services sociaux et associations caritatives.

En 2016, 900 tonnes de denrées alimentaires ont été sauvées, ce qui a permis de faire plus d’un million de repas. On estime que 9400 personnes en moyenne sont aidées chaque semaine à Genève. Chapeau, et merci!

Pour la Journée mondiale de l’alimentation, qui a lieu lundi 16 octobre, la banque alimentaire genevoise va servir la soupe à la population. Un geste symbolique, généreux, pour rappeler l’importance de se serrer les coudes en ces temps difficiles. La distribution de soupe gratuite se fera aux arrêts Bel-Air, Rive et place Neuve des TPG, rebaptisés pour l’occasion arrêts «Solidarité».

Il n’est pas précisé si les usagers devront demander l’arrêt. Mais il y a fort à parier que par l’odeur de la soupe alléchés, ils sauteront vite du véhicule. Surtout si l’une des personnalités genevoises assurant la distribution entre 11 h et 19 h leur fait de l’œil.

Préférez-vous alors être servi par Darius Rochebin, Joël Dicker, Brigitte Rosset ou bibi? Marc Bonnant ou Jean Ziegler? Ou au bol? D’autres volontaires connus seront de piquet ce jour-là pour rappeler, si besoin est, que partager, ça rend meilleur!

07:00 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | |

12/10/2017

On joue les prolongations

«Le temps ne fait rien à l’affaire» chantait Georges Brassens. «Quand on est con, on est con». Ce constat, vieux de plus de cinquante ans, n’a pas pris une ride. Je dirais même qu’il est d’une troublante actualité…

Le temps ne fait donc rien à l’affaire. Mais le temps qu’il fait, ça change tout!

Je me faisais cette réflexion mercredi midi, au cœur de la rade, dans cet été genevois qui n’en finit pas et qui rend la vie un peu plus douce.

Dans ce splendide décor de carte postale, avec le Jet d’eau et le Mont-Blanc qui irradient de blancheur, tout semble calme, luxe et volupté. Les rumeurs de la ville ne viennent pas troubler ceux qui se dorent au soleil, dans leur bulle de béatitude.

Et ils sont si nombreux, ces gens qui lézardent un peu partout pendant la pause de midi, voire plus encore! Ils repèrent vite chaque parcelle gorgée de lumière et de chaleur et s’en emparent. Ils s’attardent à une terrasse, sur un banc public, contre un mur au soleil. Ils profitent tant qu’ils peuvent du temps présent pour faire leurs réserves.

Il y a chez eux, chez nous, cette envie irrépressible de jouer le plus longtemps possible ces prolongations bienveillantes, de fuir les zones d’ombre froide, de repousser l’idée même des grisailles à venir.

Là, il fait beau, il fait bon, et ça fait du bien par où ça passe!

Ce sursis estival pourrait nous faire croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes genevois. Même si les primes maladie augmentent à la folie; si le prix des loyers explose; si l’emploi se fait rare; si personne ne sait de quoi demain sera fait.

On fait semblant momentanément que tout baigne. Que ça roule. Pourquoi pas, finalement?

La présente douceur du temps nous met du baume au cœur, ravit les yeux. C’est tout bénéfice pour nous. Alors profitons-en.

Quand le béret de Calvin se posera à nouveau sur nos têtes, ce sera une autre histoire. Le temps, je vous dis, ça change tout!

07:00 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | |

10/10/2017

Parlons une fois musique

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler musique. Pas celle, lancinante, que font les souffleuses de feuilles mortes, les sirènes des ambulances ou les moteurs des motards qui rugissent furieusement en s’élançant au feu vert.

Non, je veux parler de la musique qui s’écrit en solitaire et se joue à plusieurs, avec un chef d’orchestre au milieu. Le maestro qui nous intéresse ici se nomme Eric Bauer et ceux qu’il dirige sont des musiciens de l’Orchestre de la Suisse romande, réunis au sein de l’Ensemble instrumental romand.

Si j’en parle aujourd’hui, c’est pour vous annoncer tout d’abord que cette belle équipe est à nouveau partante pour donner le Concert de l’An en faveur de la Thune du Cœur. C’est là un magnifique cadeau! Parce que oui, il y aura bel et bien une Thune 2017, et elle se prépare ces jours. Si vous avez d’ailleurs des idées pour la renforcer, c’est volontiers.

Mais l’actualité la plus brûlante, c’est le concert que cet ensemble offrira le dimanche 15 octobre à tous les patients de l’Hôpital cantonal ainsi qu’aux amateurs de musique dans la bien nommée salle Opéra. Entrée libre, donc.

Seront interprétés deux classiques, la Symphonie No 88 en sol majeur de Joseph Haydn et la pièce baroque Canon en ré majeur de Johann Pachelbel. La nouveauté sera à chercher du côté du Requiem-Gesänge d’Henri-Louis Matter. Un compositeur vaudois qui fera le déplacement au bout du lac pour assister à l’événement.

Faut dire que le chef d’orchestre s’est démené depuis des années pour que la partition de ce compositeur atypique soit éditée, ce qui est chose faite. Et c’est bien pratique pour les musiciens qui veulent l’interpréter! Le public découvrira cette œuvre pour cordes et voix, celle de la soprano Marion Grange, dimanche à 15 h. Répétitions publiques samedi et dimanche à 14 h.

Fin de ma plage musicale…

07:00 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook |  Imprimer | | |

07/10/2017

Une puanteur si naturelle

Comment la qualifier, quand on ne peut aller la humer sur place? C’est une odeur franchement écœurante, entre le vomi, le lait caillé, le beurre rance et la matière fécale. Beurk! Narines sensibles, passez votre chemin…

Ces boules puantes tombent en même temps que les feuilles des arbres. Et pour cause: ce sont les fruits du Ginkgo biloba, dit l’arbre aux 40 écus, l’un des plus beaux qui soit en automne. L’un des plus résistant aussi au temps qui passe et à la pollution.

Oui mais voilà. Si ces arbres mâles ont toutes les vertus et ne sentent rien, les femelles ont mauvaise réputation. Rapport à l’odeur, donc. Les humains vivant à proximité s’en plaignent d’ailleurs ces jours en se pinçant le nez.

Vous me direz qu’à l’heure actuelle, ça devrait pas être trop sorcier de connaître le sexe de l’arbre avant de le mettre en terre. Bien vu! La Ville de Genève, et sans doute les autres collectivités publiques, ne plante plus que des mâles génétiquement certifiés par les pépiniéristes. Ça évite bien des tracas.

Mais cela n’a pas toujours été le cas. Il fallait auparavant attendre la majorité sexuelle des Ginkgo pour savoir à quoi s’attendre, ce qui leur donnait le temps de devenir grands. Et beaux.

Alors à défaut de les arracher, parce que c’est dommage d’en arriver à pareille extrémité, il faut faire avec. Ce qui désole les riverains du 4-6 rue de la Gravière ou de la rue Lamartine, malgré le ramassage régulier des petites prunes malodorantes.

Il faut encore savoir que sur les 154 Ginkgo répertoriés vivant en ville, la plupart sont des mâles sans histoire qui poussent dans les rues. Les femelles trouvent le plus souvent refuge dans les parcs, où leurs fruits ravissent la faune indigène. Mais pas que.

Des Asiatiques les récoltent pour leurs vertus médicinales. On dit que ces fruits garantissent santé et longévité. Et l’immortalité n’a pas d’odeur…

07:01 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook |  Imprimer | | |

05/10/2017

Peur bleue dépassée

Colette a toujours eu une peur bleue de l’eau. C’est drôle, d’ailleurs, d’utiliser cette couleur froide pour exprimer ce sentiment, mais c’est ainsi. La dame a la frousse de se noyer, et sa phobie est bien installée: la Genevoise a 68 ans. Une gamine, diraient certaines aïeules de ma connaissance.

Bref. Un jour qu’elle se promène au bord du lac, à Versoix, elle aperçoit au loin une scène qui la ravit: un jeune avance sur l’eau, droit comme un i!

L’homme ne marche pas sur les flots, tel le Messie. Ses pieds reposent sur une longue surface qui flotte et ses mains tiennent fermement une pagaie qu’il active de part et d’autre de sa planche de salut. Il fait donc du paddle…

Pour Colette, cette apparition est une véritable révélation! Ainsi donc, il est possible de se trouver sur le lac, et non pas dedans, tout en maintenant une bonne séparation entre le corps et l’eau. Vous me direz que les bateaux et les pédalos n’ont pas été inventés pour rien. Mais ça ne lui a jamais fait le même effet, à notre Genevoise.

Elle se rend donc fissa à l’endroit où le jeune homme vient de rapporter son paddle. Elle se renseigne pour savoir si elle peut essayer à son tour. Mais elle affiche tout de suite la couleur, bleue, comme sa peur de l’eau.

On la rassure. Oui, on peut apprendre à pratiquer la «planche à rame» à tout âge, et malgré une trouille tenace. Alors Colette se lance. Il lui faudra des semaines d’encadrement et d’encouragements de la part de ses instructrices pour arriver à surmonter ses craintes.

Et ces jours derniers, elle parvient à éprouver enfin une grande joie d’être sur l’eau, sans peur d’y tomber ou de risquer sa peau. Cette petite victoire sur elle ne va certes pas changer le monde. Mais c’est peut-être un modèle à suivre pour les gens qui renonceraient, un peu vite, à se lancer des défis qui les feraient avancer. Sur la terre comme sur l’eau.

07:00 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook |  Imprimer | | |

03/10/2017

Des bancs de grisailles

En quittant Genève par le lac, les deux Géantes nous ont bien enfumés!

Depuis leur départ, dimanche en fin d’après-midi, les nuages artificiels qui masquaient en partie la procession lacustre sont devenus réels. Et ces voiles grisâtres semblent vouloir s’installer là pour de bon. Enfin, façon de dire…

Le fameux couvercle genevois s’est à nouveau posé sur la rade et la cuvette environnante. Et il faudrait des géants autrement plus vigousses et nombreux que nos deux charmantes visiteuses pour soulever cette chape de stratus qui va bientôt nous faire mariner dans une sauce fade et froide. Pendant des plombes.

Alors on fera avec. Avec tous ces bancs de grisailles. Qui pourrait d’ailleurs s’asseoir dessus, à part celles qui s’en sont allées?

L’automne s’installe à petits pas, c’est un fait. Tandis que les arbres prennent des couleurs, les habits des humains en perdent. La tendance de saison est aux tenues sombres et enveloppantes. Les bas recouvrent les jambes, les cols se relèvent, les visages se ferment. L’automne, quoi!

Et la poésie, dans tout ça? Elle ne s’est pas fait la malle avec les Géantes! Elle est toujours à notre portée, libre, sous la forme la plus légère et gracile qui soit. Mieux: elle n’a pas besoin d’une armada de policiers pour être partagée avec le plus grand nombre…

Suffit de lever la tête, de regarder, voire d’écouter. Et là, c’est magique: des nuées d’étourneaux offrent à qui le veut de bruyants et somptueux spectacles qui prennent aux tripes!

Ces vols de petits oiseaux effectuent des sortes de respirations désordonnées, des pulsations vives dans le ciel. Des murmures, dit-on, pour qualifier ces mouvements spontanés. Bon, c’est plus riant de les voir sur fond bleu. Mais nous avons ici à l'automne un penchant naturel pour les ciels grisouilles.

07:00 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook |  Imprimer | | |