06/02/2018

La Jonction en cage

La passerelle piétonne fait plaisir à voir quand on l’aborde! Elle est toute belle, toute neuve, et permet à nouveau de se rendre de Saint-Jean au Bois de la Bâtie, en longeant la voie ferrée.

La plaque en métal posée à l’entrée de l’ouvrage nous prévient: «Le viaduc de la Jonction franchit en trois arches les eaux claires du Rhône et celles, limoneuses, de l’Arve. Il donne à voir à celles et ceux qui le traversent un paysage unique à la fois urbain et naturel, classé à l’inventaire fédéral des paysages.» Waow!

C’est dire si c’est drôlement beau, la vue depuis là-haut!

Oui mais voilà. Pour en profiter, il faut désormais mesurer au moins 1,9 m, ou se jucher sur un petit escabeau. Autrement, on a un rideau de barreaux à la hauteur des yeux, la faute à la nouvelle barrière de protection qui a pris de la hauteur. Question vue, c’est un raté: la Jonction est désormais en cage!

On peut certes encore guigner à travers les barres en coinçant son visage entre elles. Mais la vision qu’on retire de l'exercice est ni complète, ni confortable. Et lorsqu’on chemine, le profil des barreaux donne la perception d’un mur. Bonjour l'ambiance!

Alors oui, la promenade gagne en largeur et en confort, rien à dire là-dessus. Le passage des trains ne fait plus trembler les piétons. Pour le reste, c’est à pleurer.

Car en autorisant la pose de cette haute protection, l’administration a réussi à bousiller un des plus beaux panoramas sur la ville. Elle nous prive aussi d’un plaisir simple, contemplatif: les passants ne peuvent plus s’accouder à la balustrade, comme certains l’ont fait pendant 70 ans, pour regarder les volutes formées par le mariage d’un fleuve et d’une rivière. La jonction, en somme, là où les eaux se mélangent en formant des tableaux mouvants que l’on admirait des heures sans se lasser.

Eh bien cette respiration poétique n’est plus. Sur le pont belvédère, le tout sécuritaire l’a emporté. Quel gâchis!

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