08/02/2018

Le fameux patois romand

Marianne fait partie de ces milliers de personnes tirées au sort pour participer au recensement fédéral 2018. Bien. Elle va prendre le temps de répondre à tout ce qui lui est demandé. D’ailleurs, elle n’a pas vraiment le choix de faire autrement. Alors elle remplit scrupuleusement le questionnaire.

Soudain, elle voit rouge. Sous le point «Langue parlée usuellement», la case à remplir pour le français indique «français (ou patois romand)».

«De qui se moque-t-on, à Berne?» s’agace notre Genevoise. Qu’on fasse la différence entre le suisse allemand et l’allemand, passe encore. Mais c’est quoi, ce patois romand parlé au quotidien? Qu’est-ce qu’ils croient là-bas, de l’autre côté de la barrière de rösti? Nous parlons ici le français, avec différents accents, certes, mais c’est du français! De rage, elle biffe donc toute mention de patois romand dans le texte.

Et pourtant…

Renseignements pris auprès du service d’information du relevé structurel, on nous dit que le patois romand survit dans certaines régions. Et on le sait justement grâce aux réponses récoltées lors des précédents recensements!

Ainsi en l’an 2000, 26 505 personnes affirmaient parler encore un patois romand à la maison, et 17 865 au travail. Incroyable, non? Bon, ils étaient bien plus nombreux en Valais, à Fribourg et dans le Jura qu’à Genève. Les statistiques montraient que seulement 0,3% de la population du bout du lac utilisait régulièrement des locutions traditionnelles. Des personnes âgées, souvent.

Les responsables du recensement n’ayant pas voulu exclure du questionnaire ce petit nombre de patoisants romands, ils ont alors fusionné cette catégorie avec celle du français. Déclenchant ainsi l’ire de Marianne.

Mais sa réaction peut s’expliquer. Un fameux linguiste estimait, en 1942 déjà, qu’à Genève «le patois n’y est pas encore éteint, mais sa dernière heure est bien proche…»

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