17/02/2018

Une dernière pincée de sale

Les publicités inondent les écrans et les journaux de ces produits miracles qui lavent plus blanc que blanc, qui font briller et étinceler tout qu’ils touchent. Les intérieurs deviennent toujours plus propres, nets, hygiéniques. Le rêve!

Alors que la salubrité triomphe dans les maisonnées, des vitrines de certains magasins de la place vantent de leur côté les mérites du sale. Elles en font même un slogan de vente. Quelle drôle d’idée…

Sale! La lutte contre l’utilisation de cet anglicisme en période de braderie commerciale semble perdue d’avance, tant le mot s’est imposé dans le paysage. Parfois, il n’est plus seulement question de sale, mais de super sale. On n’arrête pas le progrès. Depuis peu, une affiche «derniers jours» surmonte l’invite à consommer sale. Je n’arrive pas à me faire à ce double langage.

Partant du principe que la langue française est d’usage courant à Genève et que les mots signifient quelque chose de précis, j’ai consulté mon bon vieux copain, Le Petit Robert.

Sale? «Dont la netteté, la pureté est altérée par une matière étrangère, au point d’inspirer la répugnance ou de ne pouvoir être utilisé à nouveau sans être nettoyé. Voir malpropre, souillé; boueux, crasseux, crotté, graisseux, pisseux, poisseux, terreux; dégoûtant, immonde, infâme, infect.»

N’en jetez plus, c’est trop cracra.
Et l’on voudrait que l’on achète sans broncher du sale? Allons donc. Nous ne sommes pas des poubelles! Des soldes, oui, du sale, non.

Mais Julie, il faut te faire une raison et te mettre enfin au diapason: tout le monde cause angliche, de nos jours. C’est plus commode pour communiquer. Le mot sale est plus vite écrit que soldes, il prend moins de place. Et il est compréhensible dans toutes les langues nationales.

Peut-être. Sauf qu’en français, ce mot fait tout sauf envie. Et il en faut un minimum pour passer à l’action.

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