06/03/2018

Les cartons de la déraison

Il y a, comme ça, des situations qui heurtent la vue et devant lesquelles on baisse les bras avant même de les lever. On capitule. On ne veut pas s’en mêler, parce qu’il faudrait soulever des montagnes pour obtenir pas grand-chose, et que c’est trop compliqué. Tant pis, ma foi, c’est la société qui veut ça…

Là, je ne pense pas aux horreurs de ce monde, comme ce qui se passe ces jours en Syrie dans l’indifférence générale. Non, j’évoque plutôt nos petits renoncements devant les agissements dérangeants de nos semblables.

Mais il y a aussi des gens, comme ça, qui réagissent. Par réflexe citoyen. Parce que le désordre, le gâchis, l’incivilité crasse, ça les heurte profondément. On se souvient tous de cette dame qui récupère les chariots égarés en ville et les rapporte aux magasins. De ces nettoyeurs spontanés, dans les parcs ou les rues, qui s’encombrent des déchets des autres, pour le bien-être général.

Ce sont des exceptions. Des êtres précieux. C’est à l’un d’eux que j’ai pensé hier en voyant des tas de cartons, restés en rade, gondoler dans la neige fondue. À Martin, donc. Ce redresseur de torts n’a jamais peur d’interpeller autorités ou firmes en mains publiques dès qu’il y a un truc qui ne fonctionne pas à ses yeux.

Ainsi sa dernière croisade auprès des CFF: pourquoi les employés qui réapprovisionnent les distributeurs en rouleaux de billets ont-ils tendance à jeter les cartons propres qui les contenaient, au lieu de les recycler? Cela éviterait un fameux gaspillage!

Car en bourrant les corbeilles métalliques des gares avec ces objets encombrants, ils donnent juste du boulot aux nettoyeurs de RailClean. C’est du gâchis de temps, d’argent et d’énergie. Mais voilà, ça ne dérange pas trop les responsables de l’entreprise qui parlent de volontiers développement durable, et qui ont d’autres chats à fouetter.

Alors Martin retrousse ses manches, et recycle les cartons des CFF…

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