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  • "Piétition" urbaine

    Je ne sais pas si je me fais vieille, mais il y a des signes, dans la ville, que je ne comprends plus.

    La dernière énigme en date? Cette feuille, format A4, collée sur un poteau de signalisation à l’angle du boulevard Georges-Favon et de la rue de la Synagogue. A force de la regarder et de n’y rien capter, j’ai fini par la photographier. Pour étudier la chose à l’abri des regards interrogateurs des passants...

    Premier indice, c’est une «piétition», comme l’indique son titre. A savoir une partition pour piétons. Bien

    Suivent quatre images constituées chacune d’une empilée de signes évoquant furieusement du morse. Sauf que cela n’en est pas.

    D’après la légende, le trait continu signifie une bande jaune (j.); le traitillé égale le vide entre les rails (v); le trait point trait équivaut à un déplacement rapide et latéral entre les rails (v avec un trait dessous).

    Si l’on part du principe que les bandes jaunes sont celles qui rythment le passage piéton et que les rails évoqués sont ceux du tram, où est-ce que cela nous mène? A un jeu de la marelle, variante grand boulevard?

    Le mystère s’épaissit avec la version écrite de ces images: 7 j.-1 v.-2 j.-1 v.-4 j., suivi d’un «temps mort», et rebelote la ligne suivante, avec une autre composition à la clé. J’en perds mon solfège!

    C’est quoi le message? Une piste est donnée: l’exercice peut durer environ 4 minutes 30. Le temps d’une traversée de Georges-Favon par grosse circulation?

    Bref. Si quelqu’un peut m’aider à déchiffrer cette «piétition», c’est volontiers.

  • Le redoux, c'est si bon!

    Avec ce redoux qui vient d’arriver sur la pointe des pieds et qui nous rend tout chose, je n’ai pas l’âme à vous parler d’histoires tristounettes. Elles attendront encore un jour ou deux, pas vrai?

    Parlons plutôt de ce qui nous grise en ce moment: les oiseaux reprennent joyeusement leur bal et leurs chants aériens; les crocus sortent de terre; les rayons de soleil nous font ralentir le pas; les pêcheurs lancent à nouveau leur ligne dans le Rhône; les passants semblent plus aimables; les tenues se font plus légères et le bleu du ciel plus profond; les jours s’allongent à vue d'oeil. Bref, le printemps menace…

    Et quel bien ça fait!

    Pour rester dans cette note positive, deux petits mots d’Alice et de Marcelle.

    La première, 92 printemps à son actif, a glissé début février sur une marche mouillée et a roulé-boulé en bas d’un escalier. Un monsieur prévenant l’a relevée et a téléphoné pour demander un fauteuil roulant et la conduire au centre médical de Balexert. Alice a eu envie de lui offrir un café pour le remercier, mais il avait déjà filé. Elle me demande de dire ici tout le bien qu’elle pense de lui. J’espère qu’il verra ce mot.

    Marcelle quant à elle voulait aller chez son coiffeur préféré. En descendant du bus, à l’arrêt Poterie, elle s’est fait bousculer par un homme pressé. Elle a lourdement chuté au sol et a fini aux urgences, sans passer par la case bigoudis. La blessée, âgée de 88 ans, voudrait dire merci à la charmante inconnue qui lui est venue en aide et qui a appelé les secours. Merci aussi à tous ceux qui lui ont prodigué des soins avec gentillesse.

    A ces deux aînées reconnaissantes, bon rétablissement, et très beau printemps!

  • Qualifiée, oui ou non?

    Jacqueline a poussé un bon coup de gueule en découvrant, sous la rubrique «baromètre de l’emploi», que l’indicateur des difficultés de recrutement en personnel qualifié était de 32%.

    Vous me direz qu’il est des lectures plus excitantes qu’un communiqué de l’Office fédéral de la Statistique…

    Sauf que la dame est concernée par le sujet. Jacqueline en est actuellement à 70 envois de dossiers en moins de deux mois. Et encore, elle se limite, ne soumettant sa candidature que lorsque ses capacités correspondent à toutes les compétences requises pour le poste.

    Et ce n’est pas rien, je vous assure! Pourtant, pas de réaction de l’employeur potentiel. Ou alors c’est non. Généralement pour les motifs suivants:

    1. Elle est trop âgée. Quand elle a demandé de préciser, on lui a répondu «plus de 28 ans». Or, elle en a 47.

    2. Elle n’a pas le «look» de l’emploi. «Voyez-vous, les clients reviennent plus volontiers s’ils peuvent reluquer une assistante de direction en minujupe et non en tailleur.»

    3. Elle serait instable. Sa faute? Avoir touché à trois secteurs d’activité au cours de ses 25 ans de vie professionnelle. Mais ce n’est tout de même pas sa faute si elle a subi des licenciements économiques?! Elle a tout fait pour éviter le chômage, en suivant des cours de formation complémentaire. Cette souplesse lui est aujourd’hui reprochée.

    4. Elle serait surqualifiée. Ah ça, c’est la meilleure! En fait, pas vraiment: on ne lui a pas encore écrit, noir sur blanc, qu’elle coûtait trop cher.

    Alors qualifiée, oui ou non? Jacqueline aimerait bien être fixée. Par un boulot, si possible.

  • La tête sous l'eau

    Jim a 42 ans et se trouve sans emploi depuis un mois. Rasé de frais, bien habillé, il se rend l’autre jour à la Caisse cantonale genevoise de chômage, rue de Montbrillant. Au retour, il attend le tram, gare Cornavin.

    Contrôle de police. Jim présente ses papiers. Tout est en ordre. Un agent le fouille pourtant, à la recherche de drogue. Il n’en a pas. Vous consommez? insiste le policier. Non! J’ai arrêté il y a plusieurs années, confesse le piéton par souci d’honnêteté. Depuis, il se soigne. Sa carte d’identité lui est rendue. Bien.

    Sauf que deux semaines plus tard, Jim reçoit un courrier recommandé qui l’assomme: son permis de conduire lui est retiré, à titre préventif, le tout assorti d’une amende de 150 francs. Rappelons au passage que l’homme était à pied lors du contrôle d’identité. Contrôle qui devient, dans le pli administratif, une interpellation.

    Ce n’est pas tout: Jim doit aussi se soumettre à une analyse de sang indépendante. A ses frais, bien sûr. Compter environ un millier de francs. Car les analyses faites par le centre médical où il est suivi ne suffisent pas.

    Et puis quoi encore? Une très grosse incompréhension!

    Car ce Genevois attendait juste le tram à Cornavin. Il ne se droguait pas, ne dealait pas, ne volait pas. En gros, il ne dérangeait personne.

    Faut croire que si. Ou alors c’est la faute à pas de chance si les forces de l’ordre lui mettent ainsi la tête sous l’eau. Le grand chef Maudet pourra-t-il le sauver de la noyade?

    En attendant, Jim fera recours devant le Tribunal administratif. Pour tenter de récupérer son permis de conduire, indispensable pour retrouver du boulot. Car il veut s’en sortir, lui! Affaire à suivre…

  • Bribes de vie locale

    Commençons par une bonne nouvelle: l’ascenseur du Seujet est à nouveau en fonction. Ses fidèles usagers, piétons et cyclistes confondus, en sont ravis, youpi! Pourvu que ça dure…

    Car les messages que je trouve, à mon retour de crève, font plutôt état de situations qui ne jouent pas.

    Denise me signale que des locataires de la rue de Lausanne ne reçoivent leur courrier qu’à 12 h 30. C’est agaçant pour les familles, et fâcheux pour les médecins ou les missions diplomatiques. Elle a donc exposé ce problème à la Poste. Sa réponse? «C’est ainsi! Les gens mécontents n’ont qu’à louer une boîte postale.» Question service, peut faire mieux. Et moins cher.

    Autre source d’agacement: les distributeurs dérangés des TPG. Esther en a compté six en une seule journée!

    Je vous la fais courte. Mercredi matin, la machine est en panne à l’arrêt Champs-Claude. L’usagère demande au chauffeur de bus si elle peut prendre son ticket à l’arrêt suivant. Ok. Sauf qu’à la Croisette, c’est le même topo: l’automate ne répond pas. Peut-elle payer sa course à Châtelaine, où elle changera de bus? Ok. Sur place devinez quoi? Le distributeur est hors service…

    Le 22 arrive. Esther informe le conducteur que l’appareil est fichu. Ok. A l’arrêt suivant, oh miracle, il fonctionne et lui rend même 50 centimes en trop. Au retour, par contre, impossible de payer le plein tarif. La machine lui colle d’office le tarif réduit, alors qu’elle n’y a pas droit. Tant pis, elle fera avec.

    Enfin rebelote dans l’après-midi, à l’arrêt Blandonnex: le distributeur refuse son argent. Ce coup-ci, Esther n’a rien dit au chauffeur. Elle a resquillé, l’âme en paix.

    Les contrôleurs? Même plus peur.